Recueil des actes, titres et mémoires concernant les affaires du clergé de France : Tome 13

-;ri ·cardinal du Perron. M. DC. XV. de nos Rois ; vous proteRant qu'elle confpire en cette penfée & en cette paf– fion avec vous Je toute5 les puilîances & alfeétions de fon ame; car elle pleure & pleurera éternellement avec des lar– mes de fang, les tragiques & détellables alfallinats, qui ont taché & enfanglanté )a mémoire de notre liecle , de deux fi horribles parricides : & fe fent d'autant plus obligée d'avoir le cœur percé de cette douleur, qu'elle fe reconnaît liée de plus étroics liens , qu'aucuns des au– nes ordres , à chérir & affeétionner la facrée perfonne de nos Rois. Je ne m'é– tendrai point, pour cette heure, à repré– fenter comme Dieu lui ayant mis le flam– beau de fa parole en la main, pour tel airer les autres ordres, elle doit mucher de– vant & les précéder, & en dotlrine & en exemples de bien & fidelement fervir ceux que Dieu a conllitués fur fes peu– ples. Je dirai feulement , que même pour les contidérations humaines, il n'y a point de proftllion qui foit étreinte d'un plus obligeant lien de devoir & de fidélité à nos Rois que h fociété ecclé– fiafiique; car les autres ordres viennent aux chlrges , & aux honneurs & digni– tés de ce royaume ; les uns , comme la nobleffe, par le prix le plus cher qui ie puiffe payer, à fa voir par le prix de leur fang & du péril de leur vie , & les au– tres y viennent, outre ce qui efi dû à leur mérite, par la contribution de par– tie de leurs moyens & de leurs commo– dités; mais nous, nous y arrivons par la feule & pure grace & bonté de nos Rois , & fans y hafarder ni employer rien , ni de notre vie, ni de nos moyens, ni de nos fortunes: & d'ailleurs ne pou· vons , nuds & défarmés que nous Com– mes, fublifier ni jouir de notre repos ni de nos commoditts, linon fous l'ombre de la paix & de la profpérité des affaires du Roi , étant autrement expofés en proie à coutes fortes d'injures & d'ou– trages; & panant, quel homme d'efptit fain, peut douter que nous n'ayons plus d'intérêt qu'aucuns autres à b confer– vation de celui, dans la vie duquel, com– me dans un tifon fatal , coutes nos vies & toutes nos fortunes font enfermées? Nous confpirons donc également en ce zele & en cette paffion , avec vous , & condamnons également, voir plus , s'il fe peut, la perfidie pa!ticidiale des monf– llCs qui attentent contre les fa'rées per- . ' Connes de nos Rois; mais nous vous prions de co_nfidérer , que comme les f<u.Jes !olX qm peuvent impofer quelque fr~m a ceux _qui foulent aux pieds le fom de leur vie , font les loix eccléliaf– tiques qui retiennent les efprits qui mé– prifent la mort, par l'appréhenfion des peines qui furvivent après la mon: ainli faut-il foigneufemcnc prendre garde de n'inférer rien en ces loix-Jà, que ce qui ell tenu pour certain & indubitable par l'églife univerfelle; de peur d'infirmer l'autorité de ce qui eR certain & infail– lible, par le mêlange de ce qui cil con– tefié & contentieux; car l'expérience ne nous a que trop appris , qu'à ces maux qui procedenc d'une perverfe & corrom– pue imagination de religion , les feules loix humaines , & appréhenlions des peines remporelles ne peuvent fervir de fuffifant remede. 11 faut des loix d• confcience, & qui agifîent fur les ames, & les intimident par la crainte des pei– nes éternelles. Ceux qui entreprennent ces dé tell ables parricides, fous une faulîe perfualion de religion , ne font retenus d'aucune crainte de fupplices corporels: ils fe baignent dans les tourmens, ils penfent courir :;ux triomphes & aux cou– ronnes du mar~yre ; ils fe flattent de la faufîe application de cette fentence de Notre-Seigneur : Ne craigne{ point ctu>: qui ptuvcnc tu.er le corp.s , mais crtligner.. celui qui peut envoyer L'ame & le corpJ er& la gêne ; & par ainli , pour les retenir & épouvanter, il leur faut apporter, non des loix qui s'execurenren ce11e vie, la– quelle ils mtprifent, & la ir.éprifant,de– viennent maîtres de celles à'actrui; mais des loix, dont la rigueur & la févérité s'exécute après la mort; des loix ecclé– fiafiiques des loix fpirituelles. Les vier– ges Milefiennes con~urent autrefois une fi furieufc & prodigieufe haine contre leur propre vie , qu'elles couraient tou– tes volontairement & avec délices à la morr, & s'étranglaient, précipitaient & égorgeoient , fans que les prieres, ni les larmes de leurs parens y pufîcnt ap– porter aucun empêchement. Les magif– crats de l'lfle tinrent plulieurs confcils, & firent plufieursdécrets pqur détournet ce deuil public, mais nul de leurs der– feins ne réuffit; car méprifant & haïf– fant leur vie, elles méprifoient tout ce qui fe terminoic avec la vie. Enfin donc y oyant que les. au1rcs expédiens leu~ http://e-mediatheque.mmsh.univ-aix.fr/ [YM-54-13] Corpus | Histoire de Provence

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